Le 12 mai 2026


Lettre ouverte
À toute personne en proie à ses addictions, à ses souffrances psychiques ou à des relations toxiques.


Récemment, la vie m’a fait recroiser le parcours d’une personne dont la souffrance a profondément fait écho à mon propre passé.

Cette rencontre m’a ramenée à des réflexions sur l’addiction, sur l’emprise, et sur ce regard intérieur qu’on porte sur soi quand on ne s’aime plus assez pour se protéger.

Alors j’ai eu besoin d’écrire.
Pas pour donner des leçons.
Pas pour “sauver”.

Mais pour partager une conviction née de mon vécu :
on peut apprendre à se choisir soi-même, même après s’être longtemps détruit.

On parle souvent des produits, des rechutes, des comportements.
Mais rarement du regard qu’on porte sur soi.

Parce qu’au fond, beaucoup de personnes en addiction ne se détruisent pas seulement avec une substance, mais avec la façon dont elles se voient elles-mêmes.

J’ai connu ça.

Les blessures, les liens toxiques, l’emprise, les angoisses, le vide intérieur.
Et cette impression de ne pas mériter mieux.

Récemment, une discussion avec une jeune femme en souffrance a ravivé tout cela en moi.
J’ai revu à quel point certaines personnes vivent dans une honte si profonde qu’elles finissent par croire que leur douleur est leur identité.

Comme si elles étaient condamnées à rester figées dans leurs pires moments.

Mais je refuse de croire ça.

Je refuse qu’on résume une personne à son addiction.
Je refuse qu’on résume quelqu’un à ses rechutes.
Je refuse qu’on fasse croire que tout est terminé parce qu’on a chuté.

Il n’y a aucune honte à être addict et à essayer de s’en sortir.
Aucune.

Ce qui est tragique, ce n’est pas de tomber.
C’est de rester bloqué dans le déni de sa souffrance.

Parce que dès qu’on commence à regarder sa douleur en face, même maladroitement, même avec des rechutes, quelque chose commence déjà à bouger.

Une cure.
Une prise de conscience.
Une tentative.
Un moment de lucidité.
Même quelques jours sobres.

Tout ça compte.
Tout ça est déjà une réparation en cours.

Et si tu lis ces lignes jusque-là… peut-être que ce n’est pas un hasard.

Peut-être parce que chaque jour est une toile vierge.
Un nouveau départ.
Un espace où l’on peut recommencer à se choisir.

Moi, j’ai arrêté les consommations et je me suis mise à dessiner.
C’était il y a sept ans maintenant.

Créer m’a appris à discipliner mes pensées : les trier, les organiser, les transformer en action.
À passer du chaos intérieur à quelque chose de concret.

Et cette toile vierge, c’est exactement ça : un possible.

Il n’existe pas une seule manière de se relever.

Chaque tentative compte.
Chaque pause compte.
Chaque rechute aussi.

Le plus difficile n’est pas toujours d’arrêter.
C’est d’apprendre à vivre après.

Sans se détruire.
Sans fuir.
Sans dépendre.

Et ça, ça s’apprend.

Le soin commence là :
apprendre à se choisir, encore et encore.

Je crois profondément qu’on peut se reconstruire.

Pas devenir parfait.
Mais devenir quelqu’un qu’on a envie de protéger.

Et ça en vaut le coup.

Vraiment.

Si tu lis ces lignes, peut-être que tu luttes.
Peut-être qu’un proche lutte.
Peut-être que tu connais la douleur, la honte, ou le vide.

Alors j’aimerais juste te dire une chose :

Il n’est jamais trop tard.

Même après des années.
Même après des rechutes.
Même quand on n’y croit plus.

Chaque tentative de soin est déjà un début de retour vers soi.

Et ça compte.
Toujours.


Si tu es en difficulté :

3114 — Numéro national de prévention du suicide (24h/24, gratuit)
Drogues Info Service : 0 800 23 13 13
Alcool Info Service : 0 980 980 930
Fil Santé Jeunes : 0 800 235 236

En cas d’urgence : 15 ou 112

Créez votre propre site internet avec Webador